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Jean-Jacques Goldman, égal à lui-même
Non, il n'a pas changé !

C'est l'histoire d'un maître-chanteur qui partage son butin avec ses
copains pour des publics qui ne sont pas forcément les siens. Un type
riche et célèbre qui garde les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.
Un
faiseur d'harmonie qui aime bien venir ici pour nous montrer, en premier,
ce qu'il vient d'inventer, et pour en parler, sans formalité.
"Je donne une conférence de presse tous les cinq ans et c'est à la
Réunion que ça se passe !"
Autant dire, pour rire, que les journalistes de
cette
île de rêve sont des petits veinards. Ce qui n'est pas faux. Même si la
presse de France et de Navarre a sous la main cet artiste hors du commun
plus souvent qu'à son tour, elle n'en abuse pas et on dirait bien que ça
ne le dérange pas.
Ici, en tout cas, JJG se refait une santé, dort comme un bébé, affûte un
spectacle tout neuf et, plutôt joyeux, fait volontiers la conversation,
même pour répondre à des questions qui font partie du passé ou qui, a
priori, n'ont qu'un rapport éloigné avec sa vie. Devenu une sorte de
repère dans un univers mouvant, que ça lui plaise ou non, il respecte trop
les
gens qui lui font confiance pour se désintéresser de ce qui peut les
motiver. Et puis, l'homme a toujours l'humour comme recours quand il
s'agit d'éluder ou de changer de sujet. Mais il laisse largement l'occasion
à
chacun de s'exprimer. Pas le genre à bâcler une interview programmée.
Une nouvelle entreprise de séduction, en toute simplicité, s'est donc opérée
hier avec les intermédiaires privilégiés que nous sommes auprès d'un
public qui, pour lui être acquis, n'en est pas moins friand d'infos
concernant
Mister Goldman. Sur son talent notamment, partagé avec de plus en plus
de célébrités pour récolter autant de succès qu'en solo, sans compter le
respect qu'il inspire dans le métier. Une référence JJG ? "C'est
sûrement le fait d'avoir moins de cheveux, ça aide beaucoup !" ironise le
chanteur, dont la dégaine dément la fin de quarantaine, et qui ajoute, en
riant : "C'est un métier où on valse tellement que quand il y en a un qui
reste...." Et à ceux qui se demandent (on en connaît) pourquoi il ne
chanterait pas lui-même les chansons qu'il fait pour Céline, Patricia ou
Johnny, il poursuit, sur le même ton : "Je n'écris pas du tout la même
chose pour les autres. Vous me voyez chanter "Il me dit que je suis
belle..." ? Ce serait bizarre ! Comme ça me parait difficile de mettre
les mêmes mots dans la bouche de Johnny et de Khaled... Mon travail, c'est
d'essayer de comprendre ce que je peux apporter à chacun".
Côté voix, il vote pour Céline Dion
Mais pas à n'importe qui. "A des gens dont la voix m'intéresse", précise
l'auteur-compositeur en citant Céline Dion comme suprême référence,
n'espérant pas trouver mieux, et ajoutant que la recette ne fonctionne
pas systématiquement, comme on le croit souvent.
"Ce n'est jamais gagné. Il faut que la musique et les mots soient
cohérents. Mais il y a également les arrangements, l'incertitude du
moment tout autant que les goûts du public qui sont parfois surprenants, et
puis une part de chance aussi. C'est exactement comme pour un match de foot
en fait," constate le Goldman amateur de sport qui donne, en passant, les
Teutons gagnants pour le Mondial, et ajoute, hilare, la définition de
Lineker : "Le foot, c'est un jeu qui se joue à onze et où les Allemands
gagnent à la fin !".
Ce détour par l'actualité devient plus sérieux avec l'évocation de
sujets comme le procès Papon sur lequel JJG se garde de porter un jugement.
"Je
ne sais plus trop quoi en penser... Au début je me disais qu'il fallait
l'acquitter pour ne pas en faire un bouc émissaire, ce qui serait
confortable pour les autres, mais je trouve assez juste l'avis de
l'avocat Klarsfeld qui assure qu'en ne le condamnant pas on dédouane aussi
toute
une administration ..."
Pressé de questions sur la politique en générale et l'engagement des
artistes en particulier, Jean-Jacques Goldman (qui a voté avant de
prendre l'avion) dira encore que la mobilisation s'exerce surtout quand les
gens
sont directement touchés (qu'il s'agisse des "sans-papiers" ou de
l'AMI...) et que nombre d'exemples témoignent aujourd'hui d'un réveil de la
citoyenneté (fermeture de la centrale atomique Superphenix, périphérique
de Lyon...) accompagnant en bonne logique une baisse des pouvoirs
politiques.
Et à propos du Front national, parti qu'il ne considère pas comme un
réel danger pour une France dont l'histoire, estime-t-il, ne permet pas
d'envisager une fatalité fasciste, Jean-Jacques Goldman n'a pas renoncé
à aller chanter dans ses fiefs sudistes, qu'on se le dise.
Ce qui nous ramène à la musique et surtout aux concerts de cette tournée
toute neuve qui débute ce soir à Champ-Fleuri, réservant certaines
surprises dans la mise en scène pour un public qu'il aimerait honorer à
égalité
avec celui de la mère patrie. Ce qu'il fait plutôt bien en venant lui livrer
en priorité deux heures de ritournelles nouvelles plus quelques morceaux
d'hier en pointillé. Des chansons qu'il aime bien, of course "Mieux
vaut que j'ai envie de les chanter parce qu'après c'est parti pour un an, et
tous les soirs !"
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